Jeux d'enfants
Départ : Etrochon (chez Didier & Sylvaine)
Arrivée : Ferrieres (Saint Mandé sur Bredoire,
chez Guillaume & Elodie)
Etapes : Aulnay beaucoup, Saint Jean d'Angély un peu
Distance parcourue : 6,8 km
Podomètre : 7 438 pas
Cumul : 311 052 pas / 270,5 km
Météo : Pluie puis Soleil
Rushes : 62,1 Go
Dans la fibre d'hier au soir, la pluie de ce
matin ne nous encourage pas à nous hâter de prendre la route. Et puis on est un
peu fatigués, je n'ai pas écrit l'article, et quand est-ce qu'on s'arrête pour
faire pipi ? Un peu comme les enfants à l'heure d'aller dormir qui trouvent
mille prétextes pour retarder encore un peu, s'il te plaît, juste cinq
minutes... Tout semble au ralenti, j'écris en mode automatique, comme si rien
ne passait par le cerveau, d'un trait, des heures. Je n'ai relu qu'en
diagonale, je crois que certaines phrases d'hier ne sont pas tout à fait
cohérentes, mais c'est l'émotion brute qui a été saisie ainsi. On dira que
c'est fait exprès.
Déjà débordée et voyant l'heure tourner tout de
même, je confie à Alain le soin de passer les coups de fil pour notre
hébergement de ce soir. L'idée est que nous arrivions à Aulnay, j'ai une liste
de numéros à appeler dans les environs. On ne sera pas déçus du voyage, la
suite au bas de l'épisode... Laurik est parti courant de matinée car il est
possible que Didier nous avance en voiture et lui souhaite tout faire à pieds, on
se retrouvera surement. Nous trainons donc un peu plus et restons toute la
matinée chez Didier & Sylvaine. Et un, et deux, et trois repas. Bientôt
vingt ans que l'on fredonne cette comptine, les brésiliens n'ont qu'à bien se
tenir. Merci à l'autre Amérique Latine que vous nous avez partagée, merci de
toute cette hospitalité si naturelle, et pourtant improvisée.
Une fois sur la route, charrette au vent et
caméra au poing, j'appelle l'hébergement trouvé par Alain pour confirmer avec
eux l'adresse et vérifier le trajet GPS. C'est donc l'Abbaye de Saint Jean
d'Angély qui me répond, confirmant que nous sommes attendus avant 18h. Saint
Jean d'Angély, vous voulez dire notre étape de demain ? Très bien, on est déjà
en milieu d'après-midi, deux étapes sont à parcourir, tentons ce défi. Après
tout, la journée de demain nous réservant un événement tout particulier, ce
n'est peut-être pas si mal d'être déjà sur place ce soir (et là vous voulez
trop savoir ce que c'est mais comme on ne l'a pas encore vécu... on se retrouve
après la pub. Nananèreuh !). Au fond on a un peu envie de marcher, après toutes
ces étapes véhiculées, c'est vrai qu'on était venu pour ça au début... C'est
qu'elle nous manquerait presque, la route, si seulement il y avait une petite
bande bitumée supplémentaire et une barrière pour nous protéger. On regrette un
peu les bords de Loire niveau itinéraire, car depuis 3 jours, seule la
départementale est accessible au fauteuil. Mais bon, pour nous le chemin est
ailleurs en ce moment.
1, 2, 3, Soleil, les nuages sont partis.
Chaleur, côtes et caméras, enlever un pull en poussant celui qu'on filme me
donne des airs de joueuse de Twister, la main gauche sur le rond bleu, le pied
droit sur le carré jaune, et la tête, alouette. C'est alors la bonnette de
protection du micro qui entreprend une partie de cache-cache, glissant à
l'improviste au bord des jolis prés. La joie du demi-tour en solitaire. J'ai
toujours préféré les réussites. Pour quelqu'un qui a les yeux sur la carte...
Nous arrivons ainsi à Aulnay aux alentours de
16h. L'église romane est classée au patrimoine mondial de l'Unesco, on ne peut
pas rater ça. Nous passons tout d'abord à l'Office du Tourisme pour notre
Crédentiale. "Bonjour, nous sommes des pèlerins" dis-je en rentrant.
"Oui ça se voit un peu" me répond-on. C'est vrai que je repousse
chaque jour les limites du look. N'hésitez pas à scruter les photos pour
trouver "Où est Cheumlie?" (jeu de mot haut de gamme du verlan
"cheum", moche, et du fameux livre d'images pour détectives
visuels... #DédicaceDady #JeSuisCheumlie #TraductionSpécialeAutresGénérations
#IlsSontBienTropLongsCesHashtags).
C'est en tous cas un accueil chaleureux et des
sourires lumineux que nous rencontrons. Cette région est décidément d'une
humanité sans égale. La photo est à peine prise devant l'Office du Tourisme que
s'arrête à notre hauteur la voiture de Guy. Qui tenait simplement à nous
féliciter. "Demande chaque matin ce que tu désires voir s'accomplir"
nous livre t-il. "Tu y repenses le soir, et tu verras que les choses se
sont faites.". Il n'y a donc pas que nous qui sommes dans une autre
sphère.
Nous parvenons tout de même un jour à cette église, demeure de l'Eternel au
jardin de demeures éternelles. L'entrée est déjà mystique : Jésus inversé sur
la croix retournée, chimères flambantes aux allures païennes
sinon...alchimiques ! Chips ! On sait bien que vous commencez à comprendre le
truc. (Je laisse le soin au 8-14 ans d'expliquer ce concept à leurs ainés.
J'avais prévenu dans le titre.).
L'entrée dans l'église me fait beaucoup moins
rigoler. Le silence nous assomme, étouffant. Je me sens dans un caveau, les
pierres brutes et les fractures sculptées donnant au lieu de faux airs de
crypte. Comme l'impression d'être dans les fondations souterraines du Château
de Moulinsart, la ligne claire en moins, l'obscur Dragon d'ici ayant bouffé la
Licorne. Pas de chichis entre créatures fantastiques. Les pas claquent, les clichés
tranchent, rien ne résonne sauf la voix. Quelque chose nous étouffe bien. Les
chérubins pleurent à fleur du tombeau d'un Abbé, la Tabernacle nous dit de ne
pas traverser. Je n'avais pourtant prévenu personne que je porterai le bandana
de Chloé. Le chandelier à sept branches, la croix régulière. Si je croyais en
quelque chose, je me sentirai malsainement observée. J'ai du mal à saisir le
point de vue d'Alain sur cet instant car je ne m'y sens radicalement pas bien
du tout.
Il nous reste 18 km à parcourir en 2h. Ce n'est
même pas qu'on y sera pas, c'est qu'on se demande quel saut de puce nous fera
absorber ça. Didier avait proposé de revenir nous véhiculer si besoin mais nous
n'avons même pas le temps de le contacter que nous tombons sur la solution. Guillaume
est à l'intersection avec son camion, il semble presque nous attendre.
"Excusez-moi, vous n'iriez pas vers Saint Jean d'Angély par hasard ?".
"Pas du tout jeune fille" "Ah." "Mais je peux vous y
emmener.". Ok, direct, comme ça, même pas besoin de négocier ? Qu'on le
croit ou pas, le stop en fauteuil-charrette est devenu un jeu d'enfant. Presque
trop simple. Merci Guillaume !
Les étapes continuent donc de se découper au
gré des hasards, saute mouton du pèlerinage, ce doigt de Dieu qui fait plier
les genoux, le dos solide, et puis lance toi mon gars. On avance, saccadés mais
surement.
On discute Sclérose, handicap, maladies rares
et énergies parallèles, ces "trucs mystiques qui marchent". Son fils
à lui, son fils à l'autre. On discute sport et musique, on discute entre
humains du même monde. Guillaume nous dépose à Saint Jean, il repart mais
quelque chose nous lie, c'est déjà acté, c'est ancré dans nos vies. On se pose
un petit peu avec Alain, on remet un peu d'ordre dans les choses à penser. Et
moins d'une heure après, l'Abbaye ne nous aura pas vus. Guillaume nous a
rappelé. "Et si vous passiez la soirée à la maison ? On discutera, vous
rencontrerez Elo et les enfants, on fera un peu de gratte ?" C'est vraiment
une question à laquelle on peut dire non ?
Je préviens l'Abbaye, on ne sera là que demain.
Ils sont très arrangeants, merci de tout prendre si simplement ! C'est un
Tétris d'hébergements, un puzzle de chemin. Côté Tétris-voiture on peut dire
que je prends aussi le coup de main. La prochaine étape est d'arriver à ranger
tout en rythme, et à le faire chanter. Ti, tibili, tibili, tibili-titititi. La
musique de Tétris en phonétique, c'est plus ce que c'était. Fallait bien tenter
pour s'en rendre compte.
A ce rythme là, rigole Guillaume, on va vite y
arriver à Saint Jacques, et on aura plus mal ni aux mains ni aux pieds. Ben
ouais mais comment refuser ça ? Picoti, picota, on prend le bonheur où y en a !
Le bonheur, il y en a plein la maison de ce
maçon, entre les deux chiens et les sept chats, et puis les deux trésors qui
courent à nous. Deux tout p'tits choup's qui ont des billes de Lumière dans les
yeux, et des sourires à vous faire tomber par terre. Un débordement de
tendresse pure et de cookies d'amour. Des loulous bien doux malgré leur
parcours fou. Moi tout c'que j'en retiens, c'est quand Patty m'a pris la main,
pour m'offrir la visite de sa trop belle chambre avec tous ses vêtements bien
rangés dans son placard. Et la cabane sous le lit, et la pochette qui brille.
Je découvre un peu les Trolls, qui eux aussi "seront encore là
demain". Ce cri du coeur ça résonne plus pareil. "T'as des enfants, toi
?". On peut pas répondre presque, mais je suis bien avec eux. Je crois que
faire des bulles, ça ne peut rendre qu'heureux.
Et ce Soleil au loin, vif comme le sont leurs
yeux. Moi les yeux de ces gamins, c'est gravé dans les miens.
Tout juste arrivés, devinez qui nous rejoint ?
Cette maison, comme celle hier, n'avait jamais accueillie de pèlerins. Et on
est toujours Trois, ces Pigeons Voyageurs, ces messagers porteurs. La région
des Pinots, des poissons cuits au feu, Limoncello maison, puis les fameux
gâteaux. Toujours ces énergies en symbiose, ces partages sur la vie, le bien,
les médecines douces, le naturel. Naturel comme la lessive de cendres et les
produits faits seule. Elodie est une fée de "tous ces trucs", la
récup', la permaculture bio, toutes ces choses bien plus saines quand on les
fait soi-même. La musique ne s'arrête pas, il y a du miel d'Aloé Vera, on
pourrait nager dedans tous les trois tellement on aime ça. Il y a un grand feu
dans l'âtre, du magique dans les regards, et même une chambre d'amie. En bas le
canapé lit, une vraie douche pour les cheveux, et pas loin les bateaux. Alain
n'aime pas trop ça, moi je pourrai vivre que d'eux. Il est déjà trois heures,
on en reparlera. Le temps d'écrire un peu, on est le matin déjà. Être petite
fille et femme, c'est beaucoup à la fois. Mais tout ce qu'on vit, qu'est-ce
qu'on aime ça ! "T'rends compte, Alice ?" "Pas trop, et toi
?" "Je sais pas. Mais on a de la chance d'être là." Ah pour ça
oui. Merci la vie, merci vous quatre pour vos belles énergies...
Duos de guitare veillée avec tes amis dans le jardin tu sais parler au gens et tu attire les gens comme papa Alice ton sourire transperce les photo ceux qui montre que vous été bien maigres tout nous voyageons avec vous par les photo qui sont superbe bisou
RépondreSupprimerTextes toujours merveilleux et photos sublimes! Beaucoup d'émotion! Prends soin de toi!
RépondreSupprimerBisous
Papémamé (et mam qui tape le texte ;))
Bé voilà, on vous suit à distance. Vous serez notre feuilleton quotidien. Vous serez aussi notre "annuaire des gens à contacter si tu es emmerdé (ou pas)". En première page, Guillaume et Elodie :)
RépondreSupprimerAlain et Alice, vous nous raconterez/montrerez le nouvel engin! Bises à vous 2 et aussi à l'homme au grand bâton.
PS: je crois que je vais commencer une galerie de portraits des pèlerins croisés à Melle :)
Alice
RépondreSupprimerElles sont vraiment belles tes photos.
gros plans de visages magnifiques.
Accro à vos aventures Alain et Alice.
à demain
Martine de Valmy
Tout comme Martine, je suis, moi aussi, accro à vos aventures.
RépondreSupprimerAlice c'est un vrai plaisir de te lire. Par ailleurs que de
belles rencontres et de belles personnes.
Bonne continuation à tous les deux et surtout bonne chance,
la route est longue. Je vous embrasse.
Josiane A.